Joueur français le plus capé au sein du quinze de départ qui défiera l'Australie samedi au Stade de France (*) , Yannick Jauzion, patron des lignes arrières tricolores, est tout désigné pour indiquer la voie à suivre contre un adversaire qu'il connaît par coeur. Approche tactique, son duel avec Mortlock, ses conseils à ses jeunes coéquipiers: le centre toulousain livre son expérience.
Son message à la nouvelle jeunesse tricolore: Face aux grandes équipes, on progresse toujours
Les jeunes présents lors de la tournée en Australie on pris beaucoup de points, c'est vrai, mais ils sont quand même revenus avec des certitudes en pensant que cette équipe pouvait être déstabilisée mais qu'l faut la jouer sans complexe. Ce qui n'empêche pas qu'ils sont bien conscients à quel point ça va être difficile. Mais ça leur a permis à la plupart de revenir dans le championnat avec une nouvelle sérénité et une nouvelle confiance. Et une nouvelle victoire samedi apporterait forcément encore un plus. Face aux grandes équipes, on progresse toujours, mais il va falloir les jouer à 100 %. Pensons à jouer différemment, avant tout à notre capacité à nous déplacer parce que c'est elle qui nous permettra de jouer plus sereinement.
Sa vision de l'Australie: Toujours de bons souvenirs...
Ça a toujours été de bons souvenirs. Que ce soit les victoires ici à Paris (27-14 en 2004) ou à Marseille (26-16 en 2005), ce sont toujours des matches très intenses et, comme on avait gagné les deux fois on en ressort toujours grandi. Même nos défaites en tournée en Australie, notamment en 2005 là-bas (37-31), restent de grands souvenirs au regard de l'investissement physique qu'on est obligé d'y mettre à chaque fois. Après ce genre de matches, quand on revient en club, on a un petit truc supplémentaire par rapport aux autres. C'est pour cela aussi que ce match samedi est important pour ce groupe pour lequel tout commence... Ce match est un très bon examen à la fois pour les joueurs et les entraîneurs, un mix des deux équipes que l'on vient d'affronter, beaucoup de duels, de l'agressivité sur les rucks, une stratégie de jeu bien huilée. On pourrait croire qu'on va savoir où ils vont jouer, mais tout ce qu'ils font, ils le font à une telle vitesse et une telle rigueur que c'est malgré tout difficile à défendre. Lorsque je dis qu'il nous faudra sortir samedi le match parfait, c'est que face à eux, il a à chaque fois fallu sortir des matches dignes d'une phase finale de Coupe du monde. Notre équipe a largement la capacité de battre l'Australie, mais il va falloir vraiment sortir de nos gonds. Je sens que les joueurs ont envie de ressentir ce que peut apporter ce genre de match et de réaliser quelque chose de grand, qui va nous faire progresser.
On n'est pas des robots...
Mortlock, Giteau et les autres... : Mortlock, on le connaît...
Mortlock, on le connaît. Il est puissant mais il utilise cette puissance à bon escient. Il a une technique qui lui est propre pour gagner la ligne d'avantage. A la différence des All Blacks, il ne va pas chercher l'espace entre deux joueurs, il joue sur l'épaule faible. Sur ses deux derniers matches, ils l'ont beaucoup utilisé, comme souvent, en avançant, le laissant prendre le milieu du terrain pour mieux faire passer ensuite ses avants, les faire jouer dans le sens ou en renversement, à sa guise. C'est un élément essentiel de cette équipe. A nous de freiner cette avancée, ce qu'on a toujours fait lorsqu'on a gagné contre eux. Et ce ne sera pas qu'au centre, c'est vrai aussi pour la troisième ligne avec Wycliff Palu. On voit aussi Matt Giteau, quelqu'un de très complet. Il faudra beaucoup s'engager en défense dans la zone du dix, jouer en croisé autour de lui et prendre un maximum la ligne d'avantage. A nous d'anticiper, d'avoir beaucoup de réactivité... Pour ce qui est de leur défense, j'ai l'impression qu'ils défendent beaucoup plus haut qu'ils ne le faisaient avant et ça tient sans doute à l'arrivée de leur entraîneur (Robbie Deans).
Son rôle de leader sur et en dehors du terrain: Je le fais naturellement...
Personnellement, je le fais naturellement. J'ai pris l'habitude de le faire avec Toulouse avec mon expérience au capitanat à plusieurs reprises. A nous de prendre le relais, ça apporte un renouveau en même temps que la concurrence. Et puis c'est bien de changer de statut, de passer à autre chose. On grandit... On a le droit de parler dans ce groupe, de dire ce qu'on pense. A nous d'apporter notre opinion. Il est certain que ce n'est pas aux jeunes, comme Maxime (Médard), de réunir tout le monde au cours d'un entraînement. En tant que premier centre, avec David (Skrela), on essaye de bien se parler, de se coordonner avant de jouer le ballon pour varier le plus possible. On n'a pas la capacité à jouer tout le temps dans la même zone comme des robots en enfonçant tout le monde, peu d'équipes sont capables de le faire. C'est donc là, par cet échange et cette variété qu'on a eu du mal à développer lors de ces deux premiers matches, que l'on peut perturber et mettre en danger un adversaire.
A nous de ne pas tomber dans le piège
Sa relation avec Baby: Benoît a le bon timing...
Je peux avoir de la polyvalence, mais Benoît est plus apte à jouer second centre, c'est quelqu'un qui a le bon timing pour jouer dans les espaces, beaucoup de vitesse, il a les qualités pour évoluer dans cette configuration. Pour le reste je garde le numéro 13, même si c'est plus une histoire de superstition, Benoît préférant avoir le n°12.
Ce qu'il faudra faire et ne pas faire samedi: Peu de technique, beaucoup d'envie...
On le sait, cette équipe se découvre très peu, possède une très bonne occupation du terrain et joue principalement dans les cinquante mètres adverses. A partir de là, à nous de ne pas tomber dans le piège et de ressortir proprement de notre camp pour ne pas jouer sous pression. Ça peut se faire sous différentes formes, mais il ne faudra pas de toute façon jouer dans notre moitié de terrain. Il faudra à tout prix essayer de les stopper dans leurs initiatives, les freiner, parce qu'ils sont très efficaces dans les rucks grâce à des joueurs très bas tels que Phil Waugh ou George Smith capables de déblayer et d'être efficaces dans ces rucks. D'où pour nous la nécessité de tout mettre en oeuvre pour les renvoyer en défense... On doit essayer de perdre le moins de terrain possible. Peu de technique à avoir, surtout une grosse envie !
(*) Avec cinq test-matches disputés face aux Wallabies, Jauzion est le joueur le plus capé du quinze de départ retenu pour le match de samedi, au Stade de France, à égalité avec Imanol Harinordoquy. Il est aussi celui qui s'est le plus souvent imposé face à cet adversaire avec 2 victoires, toutes acquises à domicile, pour 3 défaites, Harinordoquy s'étant incliné à 4 reprises pour 1 seul succès.